Le PRERURE
Comme les autres régions d’outre-mer, notre région est appelée à occuper une place particulière dans la politique française d’efficacité énergétique et de lutte contre le changement climatique, celle de l’exemplarité et de l’innovation.
En se dotant d’un PRERURE (plan énergétique régional pluriannuel de prospection et d’exploitation des énergies renouvelables et d’utilisation rationnelle de l’énergie), la Guadeloupe entend apporter des réponses à la hauteur des enjeux à savoir:
- Le développement des énergies renouvelables afin d’assurer plus de la moitié des besoins électriques par des ressources locales
- et surtout le soutien aux économies d’énergie, dont la nécessité est d’autant plus impérieuse depuis la croissance du prix des énergies fossiles.
Après avoir rappelé le contexte et les enjeux énergétiques de la Guadeloupe, le PRERURE présente les grandes orientations de la politique régionale, définie durant toute l’année 2007 par la Région Guadeloupe en partenariat avec l’ensemble des acteurs concernés par cette problématique.
Le plan ne constitue qu’un point de départ ; il faut en effet que tous, collectivités, entreprises, citoyens, s’en saisissent.
PRERURE - Télécharger le rapport Final
Une contrainte énergétique et climatique croissante
Une dépendance énergétique croissante
En 2006, près de 92 % des 7600 GWh d’énergie primaire consommés en Guadeloupe étaient importés : le carburant pour les véhicules, les combustibles pour les centrales thermiques et enfin le charbon alimentant la Centrale Thermique du Moule proviennent exclusivement de l’extérieur. Les énergies renouvelables locales ne satisfont ainsi que 8 % du bilan en énergie primaire de l’archipel. Il s’agit principalement de la valorisation énergétique de la bagasse, de la production d’électricité géothermique, photovoltaïque et éolienne ainsi que de la production solaire thermique.
Cette dépendance augmente du fait de la croissance des besoins énergétiques et de la plus lente croissance de la production renouvelables.
Ventilation des consommations d'énergie finale en 2006
(Source: EXPLICIT, sur les bases des données EDF, SARA, SIGL)
Entre 2000 et 2006, les consommations d’énergie finale ont augmenté de 2,1 % pour atteindre 4 312 GWh, soit un rythme deux fois plus élevé qu’en métropole. Le secteur des transports et celui de l’habitat absorbent près de 70 % des consommations d’énergies finales. Le secteur industrie – tertiaire absorbe près de 20 % des consommations finales mais est composé d’entreprises très hétérogènes.
La dépendance énergétique de la Guadeloupe génère deux tensions, l’une sur la sécurité d’approvisionnement, l’autre relative à l’exposition de l’économie à la fluctuation du prix des énergies.
L’enjeu climatique
A la vulnérabilité énergétique s’ajoute l’exposition aux risques naturels majeurs renforcés par le phénomène de l’effet de serre.
Le GIEC a ainsi récemment établi que du fait de l'exposition d'une grande partie de leurs territoires aux mers et océans, les pays de la Caraïbe insulaire et continentale font partie des zones les plus vulnérables aux différents impacts des changements climatiques en cours.
Ceux-ci risquent de causer une élévation du niveau des mers (avec comme conséquences une perte territoriale et une pression foncière plus importante), l'accentuation de l'érosion côtière, l’augmentation de l'intensité des cyclones, l’affaiblissement des protections naturelles des côtes (mangroves et coraux), mais également une fragilisation des écosystèmes terrestres déjà atteints par la déforestation, la raréfaction de l’eau, la perturbation des stocks halieutiques, la recrudescence des épizooties et maladies vectorielles.
En termes économiques, cette accentuation se traduit non seulement par des dégâts importants sur les infrastructures mais aussi par l’affectation de filières économiques vitales pour la Guadeloupe que sont le tourisme et l’agriculture.
Un objectif: faire de la Guadeloupe le moteur de la lutte contre le changement climatique dans la Caraïbe
L’exercice prospectif conduit dans le cadre du PRERURE a mis en évidence à la fois une tendance inquiétante en matière de croissance des consommations d’énergie mais aussi les potentiels considérables dont dispose la Guadeloupe en matière d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables.
Un rythme de croissance élevé d’ici 2020, accentuant encore la dépendance énergétique
Les potentiels de maîtrise de l’énergie sont concentrés dans trois secteurs : le secteur de l’habitat tout d’abord, celui des entreprises et le secteur des transports.
C’est tout particulièrement le développement des usages de l’électricité (climatisation, eau chaude sanitaire, électroménager) et la croissance des déplacements qui générera à l’avenir de nouvelles contraintes énergétiques.
Au total, le rythme de croissance attendu des consommations d’énergie s’élève à 3,9 % par an dans le scénario tendanciel. A l’horizon 2020, les consommations d’énergie finales atteindraient 7 290 GWh contre 4 280 GWh en 2006. Dans cette configuration, et en l’absence d’une politique énergétique volontariste, la dépendance énergétique de la Guadeloupe s’accentuera encore.

Schéma de complémentarité de la maîtrise de la demande d’électricité et de développement des énergies renouvelables
Des potentiels d’économie d’énergie bien connus
Les pistes pour limiter la croissance des consommations d’énergie sont bien connues et à la portée de la Guadeloupe.
Ce sont en premier lieu les habitudes de consommation et de mode de vie qu’il faut changer, aussi bien dans les ménages que dans les entreprises et les administrations : l’énergie est un bien précieux qu’il faut économiser.
C’est aussi par la diffusion d’appareils performants que seront maîtrisées les consommations : les produits de classe A, voire A+ sont désormais disponibles en Guadeloupe à des surcoûts limités : il faut encourager très fortement leur diffusion afin de « sortir » du marché les équipements les moins performants.
La recherche de la performance énergétique doit également concerner les entreprises et les administrations dans leurs pratiques.
Enfin, la maîtrise des consommations passe également par une évolution des pratiques constructives et une nouvelle conception de l’urbanisme. Une réglementation thermique adaptée à notre contexte doit être mise en œuvre.
Des potentiels de développement des énergies renouvelables encore largement inexploités
Le potentiel de développement est considérable. Il concerne aussi bien les énergies renouvelables de production d’électricité (éolien, photovoltaïque, géothermie) que les énergies renouvelables de substitution à l’électricité ou aux ressources fossiles (solaire thermique, valorisation de la biomasse sous forme thermique ou de biomasse).
Dans le cadre du PRERURE, un potentiel global de 418 MW pour une production annuelle de 1024 GWh a été retenu à l’horizon 2020. Ce potentiel est détaillé dans le tableau ci-dessous :
| Energie | 2006 | 2020 | ||
|---|---|---|---|---|
| En MW | En GWh | En MW | En GWh | |
| Total | 106,2 | 209 | 418 | 1024 |
| Photovoltaïque | 2 | 3 | 146 | 205 |
| Eolien | 21 | 35 | 118 | 200 |
| Géothermie | 15 | 78 | 47 | 352 |
| Biomasse-déchets | 59,5 | 74 | 88 | 225 |
| Hydro-éléctricité | 8,7 | 19 | 19 | 42 |
Situation 2006 et potentiels de développement des énergies renouvelables à l’horizon 2020
Le PRERURE : un programme d’actions ambitieux basé sur la mobilisation de tous les acteurs et de tous les outils
Les trois principes du PRERURE
La mise en œuvre du PRERURE découle de trois principes essentiels :
- Le premier est la nécessité de faire de la maîtrise de l’énergie le premier axe de la politique régionale : l’énergie la moins chère et la moins polluante est celle que l’on ne consomme pas. Cela ne signifie pas pour autant que les énergies renouvelables doivent être négligées : l’éolien, le photovoltaïque, la géothermie et surtout le solaire thermique feront l’objet de politiques ambitieuses.
- Le deuxième est la nécessaire mobilisation de tous les outils : il faut certes de mobiliser les outils classiques de toute politique énergétique (l’information et l’incitation financière) mais aussi de modifier les normes et règlements. A cette fin, la Région Guadeloupe entend utiliser tous les moyens que lui offre la constitution.
- Le troisième est la mise en œuvre de partenariats : le succès des politiques d’efficacité énergétique dépend de la mobilisation de tous les acteurs. En Guadeloupe, ces partenariats existent déjà notamment entre la Région, l’Ademe et EDF. C’est un véritable atout qu’il faut renforcer en ouvrant ce partenariat à d’autres acteurs.
Et maintenant, que fait-on ?
Nos engagements à moyen-long terme…
Le PRERURE est un programme d’actions opérationnel visant une plus grande maîtrise des consommations d’énergie et la promotion des énergies renouvelables. 13 actions sectorielles et 6 actions transversales ont été identifiées, discutées et chiffrées financièrement. Au total, la réalisation des actions du PRERURE nécessitera la mobilisation de ressources financières à hauteur de 46,8 millions d’euros sur la période 2008-2013, financés par la Région, l’Etat, l’Europe et EDF.
Chaque action a donné lieu à l’élaboration d’un programme de travail détaillé à court et moyen terme, présenté dans le PRERURE, accessible sur le site web de la région : www.cr-guadeloupe.fr
L’habitat à 21 150 k€ sur la période 2008 - 2013
- Action 1 : Promouvoir la climatisation performante
- Action 2 : Promouvoir l’eau chaude solaire
- Action 3 : Systématiser l’éclairage performant
- Action 4 : Définir et mettre en œuvre un référentiel de performance pour les constructions neuves
- Action 5 : Promouvoir les appareils électriques
Les entreprises et les collectivités ont 8 130 k€ sur la période 2008 - 2013
- Action 6 : Promouvoir la climatisation performante
- Action 7 : Promouvoir l’éclairage performant
- Action 8 : Améliorer les systèmes d’éclairage public
- Action 9 : Promouvoir les usages performants de l’électricité spécifique
Les transports ont 1000 k€ sur la période 2008 - 2013
- Action 10 : Promouvoir des transports sobres et doux
Les énergies renouvelables ont 8 250 k€ sur la période 2008 - 2013
- Action 11 : Favoriser un développement harmonieux de l’éolien
- Action 12 : Accompagner la croissance du solaire photovoltaïque
- Action 13 : Promouvoir toutes les formes d’énergies renouvelables
Les actions transversales ont 8 300 k€ sur la période 2008 - 2013
- Action 1 : Communiquer, sensibiliser, éduquer
- Action 2 : Développer la coopération dans la zone Caraïbe
- Action 3 : Formation de professionnels à la maîtrise de l’énergie et aux énergies renouvelables
- Action 4 : Favoriser l’innovation
- Action 5 : Mettre en cohérence les politiques régionales avec les objectifs du PRERURE
- Action 6 : Observer, évaluer
